Le stress au travail apparaît quand une personne ressent un déséquilibre entre ce que son travail exige d’elle et les ressources dont elle dispose pour y répondre. C’est la définition de l’INRS. Ses causes se trouvent d’abord dans l’organisation du travail, et c’est là que la prévention doit agir.
Le phénomène n’a rien de marginal. 52 % des travailleurs français se disent exposés à une forte pression temporelle ou à une surcharge de travail, contre 46 % en moyenne dans l’Union européenne, selon l’enquête OSH Pulse de l’EU-OSHA (2022). Cet article fait partie de notre rubrique Santé mentale et risques psychosociaux.
Qu’est-ce que le stress au travail ?
L’accord national interprofessionnel (ANI) du 2 juillet 2008, signé par les partenaires sociaux, en donne la définition de référence en droit français : « Un état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. »
Le mot qui compte est « perception » : deux salariés devant la même charge ne réagissent pas pareil. L’accord ajoute une limite : « Le stress n’est pas une maladie mais une exposition prolongée au stress peut réduire l’efficacité au travail et peut causer des problèmes de santé. »
Bon stress, mauvais stress : une distinction sans fondement
L’idée d’un bon stress qui stimule et d’un mauvais stress qui rend malade reste tenace. L’INRS l’écarte : « Il n’y a pourtant scientifiquement ni bon, ni mauvais stress, mais une réponse d’adaptation de l’organisme. » La distinction utile est ailleurs.
| Stress aigu | Stress chronique | |
|---|---|---|
| Déclencheur | Un enjeu ponctuel : prise de parole, imprévu, changement de poste | Une situation qui dure, où les exigences dépassent chaque jour les capacités |
| Durée des symptômes | Ils s’arrêtent peu après la fin de la situation | Ils s’installent et s’aggravent |
| Effet sur la santé | Limité | Toujours néfaste, selon l’INRS |
Source : INRS – Dossier Stress au travail, 2023 – Compilation bienetretravail.fr
Le sujet n’est pas le pic avant une échéance. C’est la pression qui ne redescend plus.
Quelles sont les causes du stress au travail ?
Les facteurs de stress au travail sont les mêmes que les facteurs de risques psychosociaux. L’INRS les range dans les six familles du rapport Gollac de 2011, avec ces exemples :
- Intensité et temps de travail : exigences excessives, complexité, difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Le droit à la déconnexion agit sur cette famille.
- Exigences émotionnelles : tensions avec le public, obligation de cacher ses émotions.
- Manque d’autonomie : procédures trop rigides, compétences sous-utilisées.
- Rapports sociaux dégradés : conflits avec les collègues ou l’encadrement, manque de reconnaissance. Le management toxique se loge ici.
- Conflits de valeurs : devoir faire ce que vous désapprouvez, ne pas avoir les moyens de bien faire son travail.
- Insécurité de la situation de travail : peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir du métier.
L’ANI de 2008 ajoute des exemples concrets, comme les « dépassements excessifs et systématiques d’horaires », les « objectifs disproportionnés ou mal définis » ou « une mise sous pression systématique qui ne doit pas constituer un mode de management ». Cette dernière formule a été signée par les organisations patronales. Elle mérite d’être relue en comité de direction.
Ce que déclarent les travailleurs français
| Facteur de stress déclaré | France | Union européenne |
|---|---|---|
| Forte pression temporelle ou surcharge de travail | 52 % | 46 % |
| Mauvaise communication ou coopération dans l’organisation | 36 % | 26 % |
| Violence ou agressions verbales de clients, patients, élèves | 25 % | 16 % |
| Manque d’autonomie ou d’influence sur le rythme de travail | 17 % | 18 % |
| Harcèlement | 12 % | 7 % |
Source : EU-OSHA, OSH Pulse – Données 2022, 27 250 travailleurs interrogés – Compilation bienetretravail.fr
La France dépasse la moyenne européenne sur quatre facteurs sur cinq. L’écart le plus net, dix points, porte sur la communication interne.
Les modèles de Karasek et de Siegrist, expliqués simplement
Le modèle de Karasek croise deux dimensions. La demande psychologique, c’est la quantité de travail, les contraintes de temps, les demandes contradictoires, les interruptions. La latitude décisionnelle, c’est la possibilité de choisir comment faire son travail et d’utiliser ses compétences.
| Demande faible | Demande élevée | |
|---|---|---|
| Latitude élevée | Travail détendu | Travail actif |
| Latitude faible | Travail passif | Travail tendu (« job strain ») |
Source : INRS – Fiche FRPS 2, 2023 – Compilation bienetretravail.fr
La case la plus exposante est en bas à droite : beaucoup de pression, peu de prise sur la façon d’y répondre. Robert Karasek et Töres Theorell ont ajouté en 1990 une troisième dimension, le soutien social. Un salarié en job strain qui ne peut pas compter sur ses collègues ni sur sa hiérarchie se trouve dans la situation la plus à risque, que les chercheurs nomment « iso-strain ».
La charge seule n’explique pas tout. Selon l’INRS, c’est surtout l’absence de contrôle perçu qui pèse dans l’apparition du stress.
Le modèle de Siegrist, publié en 1986, regarde l’échange. Il compare les efforts fournis aux récompenses reçues, qui prennent trois formes : le salaire, l’estime, la sécurité de l’emploi et les perspectives de carrière. Un ratio supérieur à 1 signale des efforts non récompensés. Le modèle ajoute une variable individuelle, le surinvestissement : les personnes qui en font plus que ce qui est demandé y sont plus exposées.
Les deux modèles se complètent. Karasek dit si le travail est faisable. Siegrist dit s’il est reconnu. Pour choisir un questionnaire, voyez notre guide pour mesurer le bien-être au travail.
Quels sont les symptômes du stress au travail ?
Selon l’INRS, les symptômes d’un stress chronique apparaissent en quelques semaines. Ils touchent trois registres.
| Registre | Symptômes |
|---|---|
| Physique | Douleurs (coliques, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires), troubles du sommeil, de l’appétit et de la digestion, essoufflement ou oppression, sueurs inhabituelles |
| Émotionnel | Sensibilité et nervosité accrues, crises de larmes, angoisse, excitation, tristesse, mal-être |
| Intellectuel | Concentration perturbée, erreurs et oublis, difficulté à prendre des initiatives ou des décisions |
Source : INRS – Stress au travail, effets sur la santé, 2023 – Compilation bienetretravail.fr
Ils se voient ensuite dans les comportements : café, tabac, alcool ou anxiolytiques, repli sur soi, agressivité. Pour un manager, ce sont les premiers signes visibles. Ils ne disent rien de la cause, mais ils justifient une conversation.
Quelles conséquences pour la santé et pour l’entreprise ?
Si la situation se prolonge, les symptômes s’installent et peuvent devenir irréversibles. L’INRS associe le stress chronique à plusieurs pathologies, et relie chacune à des facteurs précis :
- Maladies cardiovasculaires et syndrome métabolique, plus fréquents en cas de job strain, de temps de travail prolongé ou d’efforts non récompensés.
- Dépression, quand forte demande et faibles marges de manœuvre se combinent.
- Troubles anxieux et troubles du sommeil.
- Troubles musculosquelettiques du dos et des membres supérieurs.
- Burn-out, associé à la demande psychologique et au manque de soutien.
Le stress augmente aussi le risque d’accident du travail. Aucun tableau de maladies professionnelles ne le vise : la reconnaissance passe par la voie hors tableau, détaillée dans la FAQ.
Pour l’entreprise, l’ANI liste les signaux d’alerte : absentéisme élevé, « notamment de courte durée », rotation du personnel fondée sur des démissions, plaintes fréquentes, accidents du travail plus nombreux, hausse des visites spontanées au service médical. Le coût social du stress en France a été estimé entre 2 et 3 milliards d’euros en 2007 par l’INRS et Arts et Métiers ParisTech. L’INRS la présente comme une évaluation a minima : elle ne retient que le job strain, qui représente moins d’un tiers des situations de travail fortement stressantes.
Ce chiffre a près de vingt ans, et nous ne connaissons pas d’estimation publique plus récente. Un quart des travailleurs français déclare un stress, une dépression ou une anxiété causés ou aggravés par le travail : le détail figure dans nos chiffres de la santé mentale des salariés.
Ce que la loi impose à l’employeur
L’article L4121-1 du Code du travail oblige l’employeur à prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Le stress en fait partie, rappelle l’ANI de 2008, « dans la mesure où ils présentent un risque pour la santé et la sécurité ». L’article L4121-2 impose de combattre les risques à la source et d’adapter le travail à l’homme.
L’ANI a été rendu obligatoire par un arrêté d’extension du 23 avril 2009. Sa règle tient en une phrase : « Dès qu’un problème de stress au travail est identifié, une action doit être entreprise pour le prévenir, l’éliminer ou à défaut le réduire. » Le choix des mesures revient à l’employeur, qui y associe les représentants du personnel, aujourd’hui le CSE. Les facteurs de stress s’évaluent dans le document unique, comme les autres risques professionnels. Les trois niveaux de prévention sont détaillés dans notre guide de l’employeur sur la santé mentale.
Gérer le stress au travail : par où commencer
L’INRS privilégie une démarche collective, centrée sur le travail et son organisation, en cinq étapes : collecter les indicateurs, identifier les sources de stress, définir un plan d’actions, le mettre en œuvre, puis réévaluer régulièrement.
Ses exemples de mesures sont concrets :
- Adapter la charge de travail aux moyens dont disposent les salariés.
- Permettre aux salariés de signaler les dysfonctionnements qu’ils repèrent.
- Leur donner l’occasion d’utiliser leurs compétences.
- Les informer régulièrement de la stratégie et de la marche de l’entreprise.
- Former l’encadrement à associer les équipes aux décisions qui les concernent.
- Former le personnel avant d’introduire un nouvel outil.
Les ateliers de gestion du stress ou la formation à la gestion des conflits ne sont pas inutiles. L’INRS fixe leur portée : leurs effets « ne sont cependant que de courte durée si des mesures ne sont pas prises pour limiter les causes de stress ». Une entreprise qui commence par là traite le symptôme et garde la cause.
Un exemple de l’INRS donne l’échelle. Une salariée administrative, interrompue sans cesse, reçoit des dossiers à 18 heures pour le lendemain. Les pistes : mieux planifier, regrouper les demandes sur certaines heures, la former à son logiciel. Aucune ne repose sur sa résistance personnelle.
Côté salarié, le premier relais est le médecin du travail. Vous pouvez demander à le voir à tout moment, et cette demande ne peut motiver aucune sanction (article R4624-34). Si les symptômes s’aggravent ou si des idées noires apparaissent, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable 24 heures sur 24.
