Burn-out : définition, symptômes, causes et prévention

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, est un épuisement physique, émotionnel et mental provoqué par un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement pris en charge. L’Organisation mondiale de la santé l’a inscrit en 2019 dans sa classification internationale comme un phénomène lié au travail, et non comme une maladie.

Cette distinction n’est pas un détail de vocabulaire. Elle explique pourquoi aucune statistique publique ne compte les burn-out, pourquoi aucun questionnaire en ligne ne peut en diagnostiquer un, et pourquoi la prévention se joue dans l’organisation du travail. Cet article ouvre notre dossier burn-out, dans la rubrique Santé mentale et risques psychosociaux.

L’ampleur se mesure par des enquêtes déclaratives. En mai 2026, un salarié sur deux déclare être en détresse psychologique. La dernière mesure publiée du risque de burn-out, début 2025, le situait à 31 % des salariés. Les chiffres détaillés et leurs limites sont rassemblés sur notre page burn-out en France : les chiffres 2026.

Qu’est-ce que le burn-out selon l’OMS ?

La définition de référence est celle de la CIM-11, la onzième révision de la Classification internationale des maladies, entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Le burn-out y porte le code QD85 :

« L’épuisement professionnel est un syndrome conceptualisé comme résultant d’un stress professionnel chronique qui n’a pas été géré avec succès. Il se caractérise par trois dimensions : 1) des sentiments d’épuisement ou de fatigue ; 2) une distance mentale accrue par rapport à son travail, ou des sentiments de négativisme ou de cynisme liés à son travail ; et 3) un sentiment d’inefficacité et de manque d’accomplissement. »

Le classement compte autant que la définition. QD85 ne figure pas parmi les troubles mentaux, mais dans le bloc des « Problèmes liés à l’emploi ou au chômage », qui regroupe des motifs de consultation que l’OMS ne classe pas comme des maladies.

Deux conséquences. Le terme ne s’applique qu’au contexte professionnel : le burn-out parental relève de l’usage courant, pas de la définition de l’OMS. Et quand un médecin diagnostique une dépression chez une personne épuisée par son travail, c’est la dépression qui est codée.

En France, la Haute Autorité de santé (HAS) a publié en 2017 une recommandation de bonne pratique, mise à jour en 2025 sur le volet du retour au travail. Elle rappelle que le syndrome « n’est pas une maladie caractérisée ».

Quels sont les symptômes du burn-out ?

Ils s’installent lentement, et c’est ce qui les rend difficiles à voir. La HAS parle de manifestations « d’installation progressive et souvent insidieuse, en rupture avec l’état antérieur ».

Le guide de prévention publié en 2015 par la Direction générale du travail, l’INRS et l’Anact décrit une séquence qui suit les trois dimensions de l’OMS. L’épuisement vient d’abord : le sommeil, le week-end, les congés ne suffisent plus à soulager la fatigue. La personne se met ensuite à distance de ses collègues et de ceux pour qui elle travaille. Puis elle dévalorise son propre travail. Le guide voit dans ce cynisme « un mouvement d’auto-préservation ». Le salarié qui devient sec avec les clients n’a pas changé de caractère. Il se protège.

La HAS regroupe les symptômes en cinq familles, dans une liste qu’elle qualifie elle-même de non exhaustive.

FamilleManifestations citées par la HAS
ÉmotionnellesAnxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse ou manque d’entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d’émotion
CognitivesTroubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration, des fonctions exécutives
Comportementales ou interpersonnellesRepli sur soi, isolement social, comportement agressif, diminution de l’empathie, ressentiment envers les collègues, comportements addictifs
MotivationnellesDésengagement progressif, baisse de motivation et de moral, effritement des valeurs associées au travail, doutes sur ses compétences
Physiques non spécifiquesAsthénie, troubles du sommeil, lombalgies et cervicalgies, crampes, céphalées, vertiges, perte d’appétit, troubles gastro-intestinaux

Source : Haute Autorité de santé – Recommandation 2017 – Compilation bienetretravail.fr

Aucun de ces symptômes n’est propre au burn-out. L’INRS juge la symptomatologie « assez complexe et peu spécifique ». Ce qui oriente vers un burn-out, c’est la combinaison : des symptômes qui s’aggravent avec le temps, un lien avec le travail, un changement par rapport à ce que la personne était avant.

Un point de vigilance absolu. La HAS demande que le risque suicidaire soit « particulièrement évalué ». Si vous avez des idées suicidaires, ou si un collègue en exprime, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Burn-out, stress, dépression : ce qui les distingue

Les trois se ressemblent, se succèdent et se confondent dans le langage courant. Le guide de 2015 propose des critères de distinction, que nous complétons par le classement de l’OMS.

Stress au travailBurn-outDépression
NatureUn déséquilibre entre contraintes et ressourcesUn processus de dégradation du rapport au travailUn état
PérimètrePeut toucher tout travailleurLié spécifiquement au travailÉtendue à tous les aspects de la vie
Signes distinctifsPas forcément d’attitude négative envers autruiCynisme envers les collègues et les clients, goût des choses conservé hors du travailPerte du goût des choses et de la vie, plus faible estime de soi
StatutPas une maladie, selon l’accord national interprofessionnel de 2008Phénomène lié au travail (CIM-11, QD85)Trouble de l’humeur (CIM-11)

Source : guide DGT-INRS-Anact 2015, CIM-11 – Compilation bienetretravail.fr

La frontière la plus délicate est celle de la dépression. Le burn-out est un processus, et ce processus peut basculer dans la maladie. La HAS demande donc au médecin de rechercher un trouble sous-jacent : dépression, trouble anxieux, trouble de l’adaptation ou stress post-traumatique.

Deux autres formes d’épuisement circulent sous des noms voisins. Le bore-out naît de l’ennui et du manque de travail, soit la cause inverse. Le brown-out désigne la perte de sens, que notre article bore-out, brown-out, burn-out : quelles différences ? compare aux deux autres.

Quelles sont les causes du burn-out ?

Elles sont d’abord dans le travail. L’INRS identifie cinq facteurs de risque prédominants :

  • la surcharge de travail et la pression temporelle ;
  • le faible contrôle sur son travail ;
  • le manque de soutien social ;
  • le manque d’équité au travail ;
  • l’insécurité de la situation de travail.

Le guide de 2015 désigne la surcharge comme « le facteur de RPS le plus prégnant », et attribue un « rôle important » aux conflits de valeurs. Pour les soignants, les travailleurs sociaux ou les enseignants, s’y ajoute une charge émotionnelle propre au métier. La HAS recommande d’analyser chaque situation à travers les six familles de facteurs du rapport Gollac, que détaille notre article sur les risques psychosociaux.

Les facteurs individuels existent. L’INRS relève un caractère consciencieux, une instabilité émotionnelle, une forte place du travail dans l’identité. La HAS fixe pourtant une limite nette : ces facteurs ne sauraient « exonérer la responsabilité des facteurs de risque présents dans l’environnement de travail ». Le terrain individuel explique pourquoi c’est telle personne qui craque. Il n’explique pas pourquoi le poste fait craquer quelqu’un.

Que faire si vous pensez faire un burn-out ?

Ne vous fiez pas à un test en ligne. Le questionnaire de référence, le Maslach Burnout Inventory (MBI), publié en 1981 par Christina Maslach et Susan Jackson, n’a pas été conçu pour un diagnostic individuel. La HAS n’admet son usage que pour « guider un entretien avec le patient ». L’INRS précise qu’en France, faute d’édition française du manuel, il est réservé à la recherche. Une étude néerlandaise publiée en 2013 dans Psychological Assessment lui trouvait, au meilleur seuil, une spécificité de 48 % : plus de la moitié des personnes sans burn-out clinique étaient signalées à tort.

Voyez plutôt deux médecins, qui n’ont pas le même rôle.

Votre médecin traitant pose le diagnostic, recherche une pathologie associée, prescrit si nécessaire un arrêt et un traitement. La HAS note que l’arrêt de travail « est le plus souvent nécessaire ». Durée, indemnisation, ce que votre employeur sait de votre diagnostic : tout cela est traité dans notre article arrêt maladie pour burn-out : durée, salaire et droits.

Le médecin du travail peut être consulté à votre demande, à tout moment. L’article R4624-34 du Code du travail le prévoit, et précise que « la demande du travailleur ne peut motiver aucune sanction ». Il peut proposer un aménagement de poste et, pendant un arrêt de plus de trente jours, préparer votre retour lors d’une visite de préreprise.

Ce que l’employeur doit faire pour prévenir le burn-out

L’obligation est écrite. Selon l’article L4121-1 du Code du travail, « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». Les risques doivent être évalués dans le document unique d’évaluation des risques professionnels, le DUERP. Le burn-out n’y est pas nommé. Ses causes, elles, sont des risques professionnels comme les autres.

L’INRS distingue trois niveaux de prévention. Le niveau primaire supprime ou réduit les facteurs de risque à la source. Le secondaire limite les effets chez les personnes exposées, par exemple par la formation des managers au repérage. Le tertiaire prend en charge les personnes atteintes. L’INRS juge la prévention à la source « la seule efficace sur le long terme ».

Une entreprise qui répond aux burn-out par un atelier de sophrologie et une ligne d’écoute fait donc de la prévention secondaire et tertiaire. C’est utile pour les personnes. Cela ne change rien au poste qui les a épuisées.

Parmi les pistes du guide de 2015, nous retenons celles qui touchent directement les causes :

  1. Suivre la charge réelle, avec des indicateurs qui montrent si une hausse est ponctuelle ou récurrente, et si elle est bien répartie.
  2. Discuter les objectifs avec ceux qui les portent, et vérifier que les moyens suivent.
  3. Encadrer les outils nomades et les heures supplémentaires. Notre article sur le droit à la déconnexion détaille ce que la loi impose.
  4. Éviter les postes isolés.
  5. Ouvrir la discussion sur ce qu’est un travail bien fait dans chaque métier.

Surveillez aussi les signaux collectifs : absentéisme de courte durée, départs, demandes de mutation, visites spontanées au service de santé au travail. Nos chiffres de l’absentéisme donnent des points de comparaison nationaux. Et quand un cas survient, il « doit alerter l’entreprise et la conduire à mettre en place une démarche collective de prévention ». Le guide ajoute qu’au retour, le travailleur « ne doit pas retrouver un cadre de travail identique ».

Le burn-out peut-il être reconnu en maladie professionnelle ?

Pas en tant que tel. L’INRS est explicite : le burn-out n’étant pas une maladie, « il ne peut donc pas être reconnu en maladie professionnelle ».

Trois affections psychiques qui en découlent souvent peuvent l’être : l’épisode dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé et l’état de stress post-traumatique. Aucune ne figure dans un tableau. La reconnaissance passe par le système hors tableau, à deux conditions : un lien essentiel et direct avec le travail habituel, et une incapacité permanente prévisible d’au moins 25 %. Un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, le CRRMP, rend un avis qui s’impose à la caisse. Le seuil de 25 % est le verrou.

Les reconnaissances progressent pourtant. L’Assurance Maladie dénombre 1 805 affections psychiques prises en charge en maladie professionnelle en 2024, contre 840 en 2020. Près des trois quarts sont des dépressions.

Attention : ces chiffres couvrent toutes les affections psychiques liées au travail, pas les seuls burn-out, qu’aucune statistique ne permet d’isoler.

La procédure côté salarié figure dans notre article sur l’arrêt maladie pour burn-out.

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À lire aussi : management toxique et prouver un harcèlement moral.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le burn-out selon l'OMS ?

Un syndrome résultant d'un stress chronique au travail qui n'a pas été géré avec succès, caractérisé par l'épuisement, la distance mentale ou le cynisme envers son travail, et un sentiment d'inefficacité. L'OMS le classe dans la CIM-11 sous le code QD85, parmi les problèmes liés à l'emploi, et non parmi les maladies.

Quels sont les premiers symptômes du burn-out ?

Le plus souvent, une fatigue que le sommeil, le week-end ou les congés ne suffisent plus à soulager. Viennent ensuite l'irritabilité, les troubles de la concentration, la mise à distance des collègues ou des clients, puis la dévalorisation de son propre travail.

Quelle différence entre burn-out et dépression ?

Le burn-out s'exprime d'abord dans la sphère professionnelle, alors que la dépression touche tous les aspects de la vie. Les deux peuvent se succéder : un burn-out peut évoluer vers une dépression, que seul un médecin diagnostique.

Le burn-out est-il reconnu comme maladie professionnelle ?

Pas en tant que tel, puisque ce n'est pas une maladie. L'épisode dépressif majeur, le trouble anxieux généralisé et l'état de stress post-traumatique peuvent en revanche être reconnus hors tableau, si l'incapacité permanente prévisible atteint au moins 25 % et si le lien avec le travail est direct et essentiel.

Sources

  1. Burn-out an « occupational phenomenon » : International Classification of Diseases, Organisation mondiale de la santé, 2019.
  2. CIM-11 pour les statistiques de mortalité et de morbidité, catégorie QD85 Burnout, Organisation mondiale de la santé, 2024.
  3. Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d'épuisement professionnel ou burnout, Haute Autorité de santé, 2017.
  4. Épuisement professionnel ou burnout : ce qu'il faut retenir, INRS, 2024.
  5. Foire aux questions : burnout, INRS, 2024.
  6. Maslach Burnout Inventory (MBI), fiche FRPS 26, Références en santé au travail n° 172, INRS, 2022.
  7. Le syndrome d'épuisement professionnel ou burnout. Mieux comprendre pour mieux agir, Direction générale du travail, INRS et Anact, 2015.
  8. Stress et risques psychosociaux : concepts et prévention, dossier TC 108, INRS, Documents pour le médecin du travail n° 106, 2006.
  9. The measurement of experienced burnout, Journal of Occupational Behaviour, vol. 2, n° 2, p. 99-113, Christina Maslach et Susan E. Jackson, 1981.
  10. The clinical utility of the Maslach Burnout Inventory in a clinical population, Psychological Assessment, vol. 25, n° 2, Kleijweg, Verbraak et Van Dijk, 2013.
  11. Rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie, Risques professionnels, Assurance Maladie, Risques professionnels, 2025.
  12. Maladie professionnelle : votre prise en charge, Assurance Maladie (ameli.fr), 2026.
  13. Code du travail, article L4121-1, Légifrance, 2017.
  14. Code du travail, article R4624-34, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2022.

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