TMS (troubles musculo-squelettiques) : définition, causes, prévention en entreprise

Une femme tourne une manivelle pour remonter son plan de travail à hauteur des coudes, un carton posé devant elle

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont des atteintes des muscles, des tendons et des nerfs dont la survenue peut être favorisée par le travail. Ils sont la première maladie professionnelle en France : l’Assurance Maladie en a reconnu 44 723 en 2024, sur 50 598 maladies professionnelles, soit près de neuf sur dix.

Ils se préviennent surtout par l’organisation du travail. Un siège neuf ne corrige ni une cadence imposée ni l’absence de pauses.

Cet article relève de notre rubrique santé physique et environnement de travail. Il s’adresse aux employeurs, aux RH et aux élus du personnel qui doivent agir sur ce risque, et aux salariés qui veulent comprendre ce qui leur arrive.

Qu’est-ce qu’un trouble musculo-squelettique ?

L’INRS définit les TMS comme des « atteintes de l’appareil locomoteur dont la survenue peut être favorisée par l’activité professionnelle ». Ils provoquent des douleurs, des raideurs, une perte de force ou de sensibilité. Ils siègent surtout au cou, aux épaules, aux coudes et aux poignets.

Le sigle n’est pas un diagnostic. C’est une étiquette de prévention, et le médecin, lui, nomme une affection précise :

  • au poignet, le syndrome du canal carpien, la maladie de De Quervain ;
  • à l’épaule, la tendinopathie de la coiffe des rotateurs ;
  • au coude, l’épicondylite ;
  • aux membres inférieurs, plus rarement, des atteintes du genou.

Le dos forme une famille à part. L’INRS traite les lombalgies dans un dossier distinct et rappelle qu’un accident du travail sur cinq en provoque une.

Point décisif pour la prévention : « quelle que soit leur localisation, les TMS peuvent devenir irréversibles », écrit l’INRS. Une douleur signalée tôt se traite. Une douleur passée sous silence pendant des mois s’installe. La définition courte figure aussi dans notre glossaire des TMS.

Quelles sont les causes des TMS ?

Les TMS n’ont presque jamais une cause unique. L’INRS décrit quatre familles de facteurs, qui se combinent selon l’intensité et la fréquence propres à chaque tâche.

FamilleExemples cités par l’INRSCe qui se passe
BiomécaniquesGestes répétitifs, efforts physiques, postures contraignantes tenues dans le tempsSollicitation continue des mêmes muscles et tendons, articulations hors de leur zone de confort
PsychosociauxIntensité et complexité du travail, horaires, exigence émotionnelle, faible autonomie, qualité des rapports sociaux, insécurité de l’emploiLe stress augmente le tonus musculaire et la force de serrage, allonge la récupération et amplifie la douleur
Ambiances physiquesVibrations, froid, bruit, éclairage inadaptéLe froid fait perdre de la dextérité, ce qui oblige à serrer plus fort
IndividuelsÂge, genre, état de santé (le diabète favorise par exemple le canal carpien)Ils modulent la fragilité, ils n’expliquent pas l’exposition

Source : INRS, dossier TMS, mis à jour le 27 mars 2025 – Compilation bienetretravail.fr

Attention : les facteurs individuels ne servent pas à renvoyer le problème au salarié. L’employeur ne choisit pas l’âge de ses équipes, il choisit la cadence et l’organisation.

La ligne psychosociale est la moins connue, et c’est elle qui fait le lien avec les risques psychosociaux. Une cadence imposée par une machine ou un client agit à la fois sur le geste et sur la tension. Traiter l’un sans l’autre laisse la moitié du risque en place.

Quels secteurs sont les plus touchés ?

L’INRS cite l’agroalimentaire, la métallurgie, la construction automobile, le BTP, le transport et la logistique, la propreté, l’aide et les soins à la personne. Le risque existe aussi dans le travail sur écran, dont nous détaillons les réglages dans notre guide de l’ergonomie au poste de travail.

Le poids économique se lit en journées. En 2021, les TMS des membres indemnisés ont fait perdre plus de 11 millions de journées de travail et coûté 1 milliard d’euros de frais couverts par les cotisations des entreprises, selon l’INRS. Ce sont des arrêts longs, ceux qui pèsent le plus dans les chiffres de l’absentéisme.

Ces données comptent des maladies reconnues chez les salariés du régime général, pas des douleurs. Le nombre réel de salariés qui souffrent d’un TMS sans déclaration n’est connu par aucune statistique publique, et nous n’en publierons pas d’estimation.

Comment un TMS est-il reconnu en maladie professionnelle ?

La reconnaissance passe surtout par le tableau n° 57 du régime général, « affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail », créé en novembre 1972 et révisé en mai 2017. Le nombre de cas reconnus à ce titre tourne autour de 40 000 par an depuis 2012, selon l’INRS.

D’autres tableaux complètent : le n° 69 pour les vibrations transmises aux mains et aux bras, le n° 79 pour les lésions du ménisque, les n° 97 et 98 pour les affections du bas du dos liées aux vibrations du corps entier et à la manutention de charges lourdes.

Quand la maladie figure au tableau et que ses conditions sont remplies (délai de prise en charge, durée d’exposition, liste des travaux), elle est présumée d’origine professionnelle. Sinon, la reconnaissance reste possible, mais il faut établir que la maladie est directement causée par le travail habituel. C’est l’article L461-1 du Code de la sécurité sociale.

Quelles sont les obligations de l’employeur ?

La base est l’obligation générale de sécurité de l’article L4121-1 du Code du travail. L’article L4121-2 en donne la méthode, dont le principe d’« adapter le travail à l’homme ». Pour les TMS, cela se traduit par trois obligations concrètes.

Évaluer le risque dans le document unique. Les postes répétitifs, la manutention et les postures doivent y figurer, poste par poste, avec un plan d’action.

Éviter la manutention manuelle. Quand elle ne peut pas être évitée, l’article R4541-5 impose d’évaluer les risques et d’organiser les postes « de façon à éviter ou à réduire les risques, notamment dorso-lombaires », en fournissant des aides mécaniques. L’article R4541-9 plafonne le port habituel à 55 kg, 105 kg pour un salarié reconnu apte par le médecin du travail, et 25 kg pour les femmes.

Suivre les propositions du médecin du travail. Il peut proposer par écrit l’aménagement d’un poste. Un refus doit être motivé par écrit (articles L4624-3 et L4624-6).

Un point qui surprend souvent. Parmi les facteurs de risques professionnels de l’article L4161-1 figurent les manutentions, les postures pénibles et les vibrations. Pourtant, ces trois facteurs n’ouvrent plus de points sur le compte professionnel de prévention depuis l’ordonnance du 22 septembre 2017 : l’article L4163-1 ne retient que six facteurs, dont le travail répétitif. L’obligation de prévention, elle, reste entière.

Comment prévenir les TMS en entreprise ?

L’INRS propose une démarche en quatre étapes. L’Assurance Maladie la décline dans son offre TMS Pros, sous forme de quatre questions : « Suis-je concerné ? », « Par quoi commencer ? », « Comment agir ? », « Quels résultats pour mon entreprise ? ».

ÉtapeCe qu’elle produitPiège à éviter (avis de la rédaction)
1. EngagementUn soutien explicite de la direction, un animateur, un comité de pilotageConfier le sujet au seul responsable sécurité
2. État des lieuxDes postes prioritaires et des indicateurs de suivi (arrêts, restrictions d’aptitude, turnover)Partir des plaintes au lieu des données
3. Analyse approfondieObservations, entretiens, mesures, et ce qui détermine le geste : cadence, flux, outilsFilmer le geste sans demander pourquoi il est fait ainsi
4. TransformationDes postes, des outils et une organisation modifiés, testés avec les salariésAcheter du matériel sans changer l’organisation

Source : INRS, démarche de prévention des TMS, mise à jour le 27 mars 2025 – Compilation bienetretravail.fr

L’INRS ajoute une boucle : évaluer si les actions réduisent vraiment le risque sans en créer d’autres, puis étendre la démarche à d’autres postes. Trois actions courent sur toute la durée : mobiliser, communiquer, évaluer.

Les leviers se rangent dans cet ordre de préférence. D’abord la conception : supprimer le geste à risque dès l’achat d’une machine ou l’aménagement d’un local. Ensuite l’organisation : rotation sur des tâches qui sollicitent des muscles différents, pauses, marges de manœuvre sur la cadence. Enfin le matériel et la formation, qui accompagnent mais ne remplacent pas le reste.

Pour les entreprises qui investissent, le fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle, créé par la loi de financement rectificative de la sécurité sociale du 14 avril 2023 (article L221-1-5 du Code de la sécurité sociale), finance des actions de prévention ciblées sur les manutentions, les postures pénibles et les vibrations. Les demandes passent par la Carsat.

Exemple : un atelier de conditionnement

Le cas qui suit est illustratif, construit par la rédaction pour montrer le raisonnement de la démarche. Il ne décrit pas une entreprise réelle.

Une ligne de conditionnement compte trois arrêts pour tendinopathie de l’épaule en dix-huit mois. Le premier réflexe serait d’acheter des tapis anti-fatigue et de former au « bon geste ». L’analyse montre autre chose : les cartons arrivent à une hauteur fixe, au-dessus de l’épaule des opératrices les plus petites, et la cadence a été relevée après le départ d’un salarié non remplacé.

Les mesures retenues touchent les deux causes. Un convoyeur réglable en hauteur, une rotation toutes les deux heures avec le poste d’étiquetage, et le remplacement du poste vacant. Le matériel n’est qu’un tiers de la réponse.

Que faire si vous ressentez des douleurs ?

Signalez-les tôt, au médecin du travail plutôt qu’à votre seul manager. Vous pouvez demander à le voir à tout moment, et cette demande ne peut motiver aucune sanction (article R4624-34 du Code du travail). Il peut proposer un aménagement de poste et orienter vers une démarche de reconnaissance si la douleur devient une maladie.

Si un TMS est diagnostiqué, votre médecin établit un certificat médical, puis c’est à vous de déclarer la maladie à votre caisse d’Assurance Maladie (article L461-5 du Code de la sécurité sociale). Pour l’ensemble des risques physiques et des acteurs à mobiliser, lisez notre page santé au travail.

Questions fréquentes

Quels sont les TMS les plus fréquents ?

L'INRS cite d'abord le syndrome du canal carpien au poignet, la tendinopathie de la coiffe des rotateurs à l'épaule et l'épicondylite au coude. Les TMS des membres inférieurs sont plus rares et touchent surtout les genoux. Les lombalgies forment une famille à part : un accident du travail sur cinq en provoque une.

Un TMS est-il reconnu automatiquement comme maladie professionnelle ?

Non. La maladie doit figurer dans un tableau, le plus souvent le n° 57 du régime général, et remplir ses conditions de délai, de durée d'exposition et de travaux. Elle est alors présumée d'origine professionnelle. Sinon, il faut établir qu'elle est directement causée par le travail habituel (article L461-1 du Code de la sécurité sociale).

Les TMS ouvrent-ils des points sur le compte professionnel de prévention ?

En partie seulement. Le travail répétitif sous cadence contrainte reste couvert. Les manutentions manuelles de charges, les postures pénibles et les vibrations mécaniques, qui figurent pourtant parmi les facteurs de risques de l'article L4161-1 du Code du travail, n'en ouvrent plus depuis l'ordonnance du 22 septembre 2017.

Quel poids un salarié peut-il porter ?

L'article R4541-9 du Code du travail fixe la limite à 55 kg pour un port habituel, jusqu'à 105 kg pour un salarié reconnu apte par le médecin du travail. Les femmes ne peuvent porter plus de 25 kg. Ces plafonds ne s'appliquent que lorsque la manutention ne peut pas être évitée.

Qui peut aider une entreprise à prévenir les TMS ?

Le service de prévention et de santé au travail, la Carsat (Cramif en Île-de-France, CGSS outre-mer) et des ergonomes. L'Assurance Maladie propose aussi TMS Pros, une démarche guidée en quatre étapes.

Sources

  1. Troubles musculosquelettiques (TMS) : ce qu'il faut retenir (mis à jour le 27 mars 2025), INRS, 2025.
  2. Troubles musculosquelettiques (TMS) : facteurs de risque, INRS, 2025.
  3. Troubles musculosquelettiques (TMS) : statistiques, INRS, 2025.
  4. Troubles musculosquelettiques (TMS) : démarche de prévention, INRS, 2025.
  5. Lombalgies : ce qu'il faut retenir, INRS, 2018.
  6. Rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie, Risques professionnels (novembre 2025), Assurance Maladie, Risques professionnels, 2025.
  7. Code du travail, article R4541-5 (manutention manuelle), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2008.
  8. Code du travail, article R4541-9 (charges maximales), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2008.
  9. Code du travail, article L4161-1 (facteurs de risques professionnels), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2017.
  10. Code du travail, article L4163-1 (compte professionnel de prévention), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2019.
  11. Code du travail, article L4121-2 (principes généraux de prévention), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2016.
  12. Code du travail, article R4624-34 (visite à la demande du salarié), Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2022.
  13. Article L461-1 du Code de la sécurité sociale, Légifrance, 2026.
  14. Compte professionnel de prévention (C2P), vérifié le 10 avril 2026, Service-public.gouv.fr, 2026.

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