Ergonomie au travail : régler son poste, ce que dit la loi, ce que le mobilier ne règle pas

Un homme règle la hauteur de son écran posé sur une pile de livres, assis droit sur sa chaise

L’ergonomie au travail consiste à adapter le travail à la personne qui l’exécute, et non l’inverse. Au bureau, elle se traduit par des réglages précis : un écran placé à 50 à 70 cm des yeux, un clavier posé à 10 à 15 cm du bord du plan de travail, des pauses actives idéalement toutes les 30 minutes, selon les recommandations de l’INRS mises à jour en 2025.

L’enjeu se lit dans les statistiques de l’Assurance Maladie. En 2024, elle a reconnu 44 723 maladies professionnelles au titre des troubles musculosquelettiques, sur 50 598 maladies professionnelles au total. Près de neuf sur dix.

Cet article fait partie de notre rubrique santé physique et environnement de travail. Il s’adresse aux employeurs qui équipent des postes comme aux salariés qui s’y installent.

Qu’est-ce que l’ergonomie au travail ?

La définition de référence est celle de l’Association internationale d’ergonomie (IEA), adoptée en 2000. Traduite par la rédaction, elle présente l’ergonomie comme « la discipline scientifique qui étudie les interactions entre les humains et les autres éléments d’un système, et la profession qui applique théories, principes, données et méthodes à la conception, afin d’optimiser le bien-être des personnes et la performance globale du système ».

Deux mots comptent. « Système » : l’ergonomie ne regarde pas un fauteuil isolé, mais une personne, ses outils, sa tâche et son organisation. « Conception » : elle intervient de préférence avant que le poste existe, pas après la première douleur.

L’IEA distingue trois domaines. L’ergonomie physique traite des postures, des gestes et de l’aménagement des postes. L’ergonomie cognitive porte sur la charge mentale et l’interaction avec les logiciels. L’ergonomie organisationnelle s’intéresse au travail en équipe et à la conception des tâches. Quand une entreprise parle d’« ergonomie du bureau », elle parle presque toujours du seul premier domaine. C’est le plus facile à acheter, pas forcément celui qui pèse le plus.

Que dit la loi sur l’ergonomie du poste de travail ?

L’article L4121-1 du Code du travail oblige l’employeur à prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». L’article L4121-2 liste ensuite neuf principes de prévention. Le quatrième est une définition de l’ergonomie qui ne dit pas son nom : « Adapter le travail à l’homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production ».

Pour les postes équipés d’un écran, les articles R4542-1 à R4542-19 vont plus loin. Ils s’appliquent aux salariés qui utilisent un écran « de façon habituelle et pendant une partie non négligeable du temps de travail » (article R4542-1). Autrement dit, à la plupart des postes de bureau.

Ce que le Code imposeArticle
Évaluer les risques de tous les postes avec écran, puis remédier aux risques constatésR4542-3
Interrompre périodiquement le travail sur écran par des pauses ou des changements d’activitéR4542-4
Un écran orientable et sans reflets gênants, un clavier dissocié de l’écran, une surface de travail assez grandeR4542-6 à R4542-8
Un siège « s’il y a lieu » réglable en hauteur et en inclinaison, un repose-pieds pour qui le demandeR4542-9
Former chaque salarié avant sa première affectation sur écran, puis à chaque changement substantiel du posteR4542-16
Un examen des yeux avant l’affectation, et un examen par le médecin du travail en cas de plainteR4542-17 et R4542-18

Source : Code du travail, articles R4542-1 à R4542-19, en vigueur depuis le 1er mai 2008 (R4542-17 modifié au 1er janvier 2017) – Compilation bienetretravail.fr

Attention : ces articles ne fixent aucune valeur chiffrée. Pas de distance à l’écran, pas de durée de pause, pas de hauteur de bureau.

Le Code impose un résultat et une méthode : évaluer, corriger, former. Les valeurs viennent d’ailleurs. L’évaluation des postes sur écran s’inscrit dans le document unique d’évaluation des risques, comme tous les autres risques.

Checklist : comment régler son poste de travail, élément par élément

Les repères ci-dessous viennent du dossier « Travail sur écran » de l’INRS, mis à jour le 11 juin 2025. L’INRS précise qu’il n’existe pas de posture idéale, mais une « posture assise de moindre inconfort ». Ces réglages la décrivent.

ÉlémentRéglage recommandéRepère chiffré
SiègePieds à plat sur le sol, cuisses horizontales ou hanches très légèrement plus hautes que les genoux, bas du dos appuyé sur le dossierAngle des genoux supérieur à 90°
AccoudoirsRéglés en hauteur et en profondeur pour que les avant-bras reposent dessus, sans empêcher d’approcher le siège du bureauAucun
Plan de travailÉpaules relâchées, coudes proches du corps, avant-bras posés, mains dans le prolongement des avant-brasCoudes entre 90 et 135° ; profondeur d’au moins 80 cm (110 cm au-delà de deux écrans) ; largeur d’au moins 180 cm (160 cm en aménagement contraint)
ÉcranTête droite ou très légèrement fléchie, écran mat, perpendiculaire aux fenêtresHaut de l’écran au niveau des yeux ou juste en dessous ; 50 à 70 cm des yeux ; plus de 150 cm des fenêtres
ClavierDissocié de l’écran, pieds repliés, poignets qui ne reposent pas en continu sur le bord du bureau10 à 15 cm du bord ; épaisseur moyenne de 3 cm au plus
SourisDans le prolongement de l’avant-bras, à côté du clavier ou entre le clavier et l’utilisateurAucun
ÉclairageÉclairage naturel privilégié, sans éblouissement ni reflet, luminaires hors du champ de vision300 à 500 lux (écran à fond clair) ; 200 à 300 lux (fond sombre) ; 3 000 à 4 000 K
Ambiance thermiqueValeurs de la norme NF X35-102 citées par l’INRS21 à 26 °C ; humidité de 40 à 70 %
BruitMatériel peu bruyant, traitement acoustique, postes espacés48 à 55 dB(A) au plus selon l’activité (NF ISO 22955)
PausesPauses actives : se lever, marcher, quitter l’écran des yeuxIdéalement toutes les 30 minutes

Source : INRS, dossier Travail sur écran – Données 2025 – Compilation bienetretravail.fr

Attention : la hauteur du plan de travail ne figure pas dans ce tableau. L’INRS la fait dépendre de la posture et de la possibilité de régler le bureau, à partir de la norme NF EN 527-1. Un bureau fixe se règle par le siège, puis par le repose-pieds si les pieds ne touchent plus le sol.

Le siège d’abord, l’écran en dernier

L’ordre compte. Le siège d’abord, pour poser les pieds et le bassin. Le plan de travail ensuite, s’il est réglable. L’écran en dernier, puisque sa hauteur dépend de celle des yeux.

Le repose-pieds n’est pas un accessoire de confort. L’article R4542-9 en fait un droit : il est « mis à la disposition des travailleurs qui en font la demande ». Quand le bureau est fixe et que le siège a été monté pour amener les coudes à la bonne hauteur, c’est lui qui permet de garder les pieds à plat.

Un écran trop haut fait lever le menton, un écran trop bas fait plier la nuque. L’INRS cite le moniteur posé sur une unité centrale et l’ordinateur portable utilisé seul, qui exposent tous deux aux douleurs cervicales. Les porteurs de verres progressifs lisent par le bas de leurs verres : ils doivent abaisser l’écran. Avec deux écrans, le plus consulté se place face à soi. Trois écrans s’installent en arc de cercle.

Clavier et souris : deux consignes qui surprennent

Ne dépliez pas les pieds du clavier. L’INRS demande que son épaisseur et son inclinaison limitent l’extension des poignets, et un clavier relevé fait l’inverse. Le repose-paume, lui, « n’est pas justifié si les préconisations relatives à l’aménagement du poste et à l’utilisation du matériel informatique (souris, clavier) sont mises en œuvre ».

Pour la souris, le problème est mécanique. Une souris standard impose une rotation de l’avant-bras proche de 90°, alors que l’avant-bras au repos se place autour de 30°. Les souris inclinées et verticales réduisent cet écart. Un clavier sans pavé numérique, quand celui-ci sert peu, rapproche la souris du corps.

Les pauses : nous retenons la recommandation de 2025

Le dossier télétravail de l’INRS, mis à jour en 2022, donne en exemple des « pauses de cinq minutes toutes les heures ». Le dossier travail sur écran, mis à jour en 2025, recommande des pauses actives « idéalement toutes les 30 minutes ». Nous retenons la seconde, plus récente et propre au travail sur écran. Elle insiste sur la nature de la pause : se lever, marcher, regarder au loin. Une pause passée à faire défiler son téléphone, assis au même endroit, ne remplit aucune de ces fonctions.

Quelles normes encadrent l’ergonomie du bureau ?

L’INRS cite trois normes de référence : la NF X35-102 sur la conception ergonomique des espaces de travail en bureaux, révisée en février 2023, la série ISO 9241, dont la partie 5 sur l’aménagement du poste a été révisée en août 2024, et la NF ISO 22955 pour l’acoustique des bureaux ouverts. Aucune n’est une obligation légale. L’article 17 du décret du 16 juin 2009 relatif à la normalisation pose que les normes sont d’application volontaire, sauf si un arrêté ministériel les rend obligatoires. Mais l’article L4121-2 demande de « tenir compte de l’état d’évolution de la technique », et une norme récente en est la meilleure description disponible. Nous la lisons comme un argument solide face à la direction ou au comité social et économique, pas comme une contrainte juridique.

Combien de TMS sont liés au travail ?

Les TMS reconnus ont augmenté de 6,6 % entre 2023 et 2024, selon le rapport annuel de l’Assurance Maladie, et ceux des membres ont fait perdre plus de 11 millions de journées de travail en 2021 (INRS). Ces chiffres comptent des maladies reconnues, pas des douleurs, et seulement chez les salariés du régime général. Ce que nous ne savons pas : combien viennent d’un poste de bureau. Aucune statistique publique ne les isole. L’INRS signale que les cas se concentrent dans l’agroalimentaire, la métallurgie, le BTP, la logistique ou l’aide à la personne, et que le risque est « également présent dans les activités impliquant du travail sur écran ». Nous ne publierons pas d’estimation que nous ne pouvons pas sourcer.

Comment adapter l’ergonomie en télétravail ?

Le télétravailleur « a les mêmes droits que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l’entreprise » (article L1222-9 du Code du travail). Pour l’INRS, le télétravail doit entrer dans l’évaluation des risques. Le premier risque cité : des « postes de travail informatique mal aménagés pouvant favoriser la survenue de troubles musculosquelettiques ».

Le problème se résume souvent à l’ordinateur portable, dont l’INRS juge l’usage prolongé « inadapté ». La meilleure correction est de le relier à un écran externe, un clavier et une souris. À défaut, surélevez-le pour amener le haut de l’écran à hauteur des yeux, et ajoutez clavier et souris séparés.

Un détail de texte compte. L’article R4542-1 exclut les portables des règles sur le travail sur écran, mais seulement « dès lors qu’ils ne font pas l’objet d’une utilisation soutenue à un poste de travail ». À notre lecture, un portable utilisé toute la journée sur la table de la cuisine relève de l’utilisation soutenue. Les effets du travail à distance sur la santé mentale sont traités dans notre article sur les risques psychosociaux du télétravail.

Quel rôle pour le SPSTI et le médecin du travail ?

Sauf si elle dispose de son propre service, l’entreprise adhère à un service de prévention et de santé au travail interentreprises, dont l’équipe réunit médecins du travail, infirmiers et intervenants en prévention. Une entreprise sans ergonome interne peut faire appel à ces intervenants.

Le médecin du travail agit de deux façons. L’employeur doit lui faire examiner tout salarié qui se plaint de troubles pouvant être dus au travail sur écran (article R4542-18). Le médecin peut ensuite proposer par écrit des mesures individuelles d’aménagement du poste (article L4624-3), que l’employeur doit prendre en considération ou refuser par écrit, motifs à l’appui (article L4624-6).

Pour un salarié qui souffre de son poste, c’est la voie la plus solide. Une demande appuyée par un écrit du médecin du travail n’a pas le même poids qu’une demande de matériel adressée aux services généraux. L’organisation d’ensemble de ces acteurs est détaillée dans notre dossier santé au travail.

Ce que le mobilier règle, et ce qu’il ne règle pas

Le mobilier règle les contraintes posturales. Un bureau à hauteur variable permet d’alterner assis et debout, comme le recommande l’INRS. Un écran mat supprime des reflets. Ce sont des gains réels.

Il ne règle pas la façon de s’en servir. Un siège réglable que personne n’a appris à régler reste mal réglé, d’où la formation imposée par l’article R4542-16. Il ne règle pas la sédentarité : même parfaitement réglé, un poste occupé huit heures sans se lever expose aux effets que l’INRS associe aux maladies cardiovasculaires, au diabète de type 2 et aux lombalgies. Et il ne règle pas le contenu du travail. L’INRS observe que les tâches monotones génèrent davantage de douleurs cervicales que les tâches variées. Pour lui, les TMS résultent d’une combinaison de causes : le poste, mais aussi l’organisation du travail et le climat social. La pression temporelle ne se règle avec aucune molette, et ce lien entre douleur physique et charge de travail rapproche les TMS des risques psychosociaux.

Une politique d’ergonomie qui se limite à un budget mobilier traite donc un seul des trois domaines de l’IEA. Pour l’achat, nos articles sur le mobilier de bureau professionnel et sur la façon de choisir son mobilier de bureau détaillent les critères. Une règle avant de signer : consulter les utilisateurs. L’INRS juge que leur participation au choix des équipements « doit être systématique ».

Questions fréquentes

Quelle est la bonne distance entre les yeux et l'écran ?

L'INRS recommande une distance généralement comprise entre 50 et 70 cm, soit environ la longueur du bras, à adapter à la taille et à la résolution de l'écran. Le haut de l'écran se place au niveau des yeux, et plus bas pour les porteurs de verres progressifs.

L'employeur doit-il fournir un siège réglable ?

L'article R4542-9 du Code du travail prévoit un siège « s'il y a lieu, adaptable en hauteur et en inclinaison », et un repose-pieds pour les salariés qui le demandent. Le Code ne désigne aucun modèle. L'INRS attend une assise pivotante, une hauteur réglable, un dossier inclinable et réglable en hauteur, des accoudoirs réglables et cinq roulettes.

Combien de pauses prévoir pour le travail sur écran ?

Le Code du travail ne fixe ni durée ni fréquence : l'article R4542-4 impose seulement des pauses ou des changements d'activité périodiques. L'INRS recommande, dans son dossier mis à jour en 2025, des pauses actives idéalement toutes les 30 minutes.

Un salarié peut-il obtenir l'aménagement de son poste ?

Oui, par le médecin du travail, qui peut proposer par écrit des mesures individuelles d'aménagement du poste (article L4624-3). L'employeur doit en tenir compte et, s'il refuse, en donner les motifs par écrit (article L4624-6).

Sources

  1. Definition and domains of ergonomics, International Ergonomics Association (IEA), 2000.
  2. Travail sur écran : prévention des risques, INRS, 2025.
  3. Travail sur écran : réglementation et normes, INRS, 2025.
  4. Travail sur écran : risques pour la santé, INRS, 2025.
  5. Troubles musculosquelettiques (TMS) : statistiques, INRS, 2025.
  6. Troubles musculosquelettiques (TMS) : ce qu'il faut retenir, INRS, 2025.
  7. Rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie, Risques professionnels (novembre 2025), Assurance Maladie, Risques professionnels, 2025.
  8. Télétravail : prévenir les risques, INRS, 2022.
  9. Code du travail, article L4121-2, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2016.
  10. Code du travail, article R4542-1, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2008.
  11. Code du travail, article R4542-9, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2008.
  12. Code du travail, article L1222-9, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2023.
  13. Code du travail, article L4624-3, Ministère du Travail, Code du travail numérique, 2025.
  14. NF X35-102 : Ergonomie, conception ergonomique des espaces de travail en bureaux, Afnor, 2023.
  15. ISO 9241-5:2024, Ergonomics of human-system interaction, Part 5: Workstation layout and postural requirements, ISO, 2024.
  16. Réponse ministérielle à la question écrite n° 95669 sur l'application des normes, JO du 5 juillet 2016, Assemblée nationale, 2016.

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